Bordeaux : Pourquoi la chocolatine mérite sa place et son nom dans l’histoire ?
Par : Rédaction Bordeaux Chocolatines
Elles s'appellent Cynthia, Josy, Françoise et Sandrine. Quatre Bordelaises pures souches, attachées à leur ville, à ses traditions et à ses transformations. Ensemble, elles ont décidé de donner la parole à Bordeaux, sous toutes ses facettes, en proposant à Infopremière une rubrique dédiée : « Bordeaux Chocolatine ». Avec cette initiative, ces quatre passionnées de culture locale souhaitent animer, chaque mois, un débat régional, pour mettre en lumière ce qui fait l'âme de leur ville. Et quoi de mieux pour lancer cette aventure qu'avec un symbole aussi emblématique que la chocolatine ? « À tous seigneurs, tous honneurs », comme elles aiment à le dire : c'est avec cette viennoiserie, chérie et controversée, qu'elles entendent inaugurer les colonnes de leur rubrique. Faute d'un média entièrement consacré à Bordeaux, elles comptent, au fil des mois, exprimer leur vision de la ville, ses richesses, ses défis et ses évolutions, tout en offrant aux lecteurs un espace d'échange et de découverte. Une façon de célébrer leur identité bordelaise, avec humour, passion, mais avec, tout de même, une pointe de légère provocation.....
À Bordeaux et dans sa noble région, commander un « pain au chocolat » vous vaudra un regard désapprobateur, voire un cours d'histoire improvisé, si vous vous aventurez à demander cette pâtisserie. Car dans la capitale du vin du Sud-Ouest, on dit : " chocolatine ", et ce n'est pas qu'une question de vocabulaire. En réalité, c'est une affaire de tradition, de résistance culturelle et même… de fierté locale. Mais d'où vient ce terme si controversé ? Et pourquoi les Bordelais tiennent-ils tant à leur appellation ? Plongeons dans l'histoire savoureuse de cette viennoiserie qui divise la France. Explications :
La chocolatine, une viennoiserie aux origines autrichiennes
Contrairement à ce que beaucoup pensent, la chocolatine n'est pas une invention française. Son histoire remonte au XIXᵉ siècle, lorsque les boulangers autrichiens ont eu l'idée d'enrouler de la pâte à pain autour de barres de chocolat. Cette spécialité, appelée Schokoladencroissant (croissant au chocolat), aurait traversé les frontières grâce aux migrations et aux échanges culturels en Europe.En France, la viennoiserie s'est popularisée au début du XXᵉ siècle, notamment avec l'arrivée des boulangers viennois. Mais c'est dans le Sud-Ouest, et plus précisément à Bordeaux, que le terme chocolatine s'est imposé. Pourquoi ? Les historiens culinaires évoquent l'influence des soldats autrichiens stationnés dans la région après la guerre de 1870, ou encore l'adaptation locale d'une recette déjà existante.
Pourquoi « chocolatine » à Bordeaux ? Une question d'identité
Et le débat ne fait pas sourire car il révèle aussi une volonté de préserver une identité régionale. À Bordeaux, dire : "chocolatine " est un marqueur culturel, presque un acte de résistance face à la standardisation du langage. Les Bordelais y voient une preuve de leur singularité, au même titre que leur accent chantant ou leur amour du vin. D'ailleurs, une légende urbaine raconte que le terme aurait été popularisé par les boulangers bordelais au début du XXᵉ siècle pour se différencier des Parisiens. Une façon de dire : « Chez nous, on fait les choses autrement. » Et aujourd'hui encore, les habitants de la région défendent bec et ongles leur appellation, comme en témoignent les sondages où plus de 80 % des Aquitains utilisent le mot chocolatine.
La guerre des mots : un débat qui dépasse les frontières
Le clash entre pain au chocolat et chocolatine est devenu un symbole des divisions linguistiques en France. En 2018, une carte publiée par le Figaro a même relancé la polémique en montrant une ligne de démarcation entre les deux termes : au nord, le pain au chocolat domine, tandis qu'au sud, la chocolatine résiste. Pour les linguistes, ce phénomène s'explique par la variation régionale du français, tout comme on dit petit-déjeuner ou déjeuner selon les zones. Mais pour les Bordelais, c'est bien plus qu'une simple variation car c'est une question de principe. Et gare à celui qui oserait commander un pain au chocolat dans une boulangerie de la place de la Bourse…
Le témoignage de José, un bordelais attaché à sa culture
" Il ne faut pas tout confondre... nous dit, l'homme des Chartrons, fier de revendiquer son appartenance au quartier des vins. Le pain au chocolat, comme son nom l'indique, c'est une petite boule de pain recouverte des pépites de chocolat ou une barrette à l'intérieur, à ne pas confondre avec la délicieuse viennoiserie qui porte fièrement le nom de chocolatine. Je suis toujours en colère lorsque j'entends cette confusion. Diriez-vous qu'un vélo est une voiture ? Alors pourquoi identifier l'un avec le nom de l'autre ?
Et demain ? La chocolatine survivra-t-elle ?
Avec la mondialisation et l'uniformisation des termes, certains craignent que la chocolatine ne disparaisse. Pourtant, les nouvelles générations semblent fidèles à la tradition. Les réseaux sociaux regorgent de mêmes et de débats enflammés, et des associations comme « Les Amis de la Chocolatine » militent pour sa préservation. Alors, faut-il vraiment en finir avec le pain au chocolat à Bordeaux ? La réponse est claire : Oui ! Car ici, la chocolatine n'est pas qu'une viennoiserie, c'est un héritage, une histoire et surtout… une défense acharnée de l'identité bordelaise. Alors, la prochaine fois que vous serez à Bordeaux, n'hésitez pas : demandez une chocolatine. Vous ferez un heureux… et vous éviterez un cours d'histoire improvisé par un boulanger passionné. Qu'on ne dise : la chocolatine et le pain au chocolat ont encore de beaux jours devant eux, à condition de ne pas mélanger les noms des produits...
Un ouvrage paru il y a quelques mois aux Editions Maïa retrace la curieuse existence d'un obscur cadet de l'armée espagnole devenu dictateur tout-puissant du Mexique au XIXe siècle. Inconnu du grand public en France, Antonio López de Santa Anna (1794-1876) a pourtant tout pour plaire à nos compatriotes : surnommé le « Napoléon de l'Ouest », général fantasque et mirobolant, charmeur et roublard, il accompagna les grandes heures de l'indépendance mexicaine et marqua durablement le paysage politique de son empreinte.


