L’I.A. au service du journalisme
Par : Joël Pierre Chevreux
L'intelligence artificielle s'installe progressivement dans le paysage médiatique et soulève une question encore entourée de méfiance ! En effet, un texte journalistique réalisé avec l'aide de l'I.A. possède-t-il la même valeur qu'un article entièrement rédigé par un humain ? La réponse dépend moins de l'outil que de la manière dont il est utilisé. Car l'intelligence artificielle peut approfondir une réflexion, multiplier les angles d'analyse et explorer des pistes nouvelles, à condition que celui qui la dirige maîtrise son sujet et sache lui poser les bonnes questions. Mise au point pour nos lecteurs.
UNE RÉVOLUTION TECHNOLOGIQUE ACCUEILLIE, COMME LES AUTRES, AVEC MÉFIANCE
L'Histoire démontre que les grandes innovations provoquent presque toujours la surprise, l'inquiétude et parfois le rejet. L'imprimerie bouleversa la circulation des idées. La photographie suscita la méfiance de ceux qui y voyaient une menace pour les arts traditionnels. La radio inquiéta la presse écrite. La télévision fut accusée de dégrader la culture et de détourner les citoyens de la lecture. L'ordinateur, puis Internet, connurent également leur période de suspicion. Beaucoup imaginaient difficilement que ces technologies deviendraient des instruments quotidiens, indispensables au travail, à l'information et à la communication. Avec le recul, ces débats paraissent presque naturels. Les technologies finissent par s'imposer lorsqu'elles démontrent leur utilité. L'intelligence artificielle traverse aujourd'hui cette phase de transition. Elle étonne, inquiète et dérange parce qu'elle touche directement à un domaine que l'on croyait exclusivement réservé à l'être humain, c'est-à-dire la production d'idées, de textes et d'analyses.
LA QUALITÉ D'UN ARTICLE NE DÉPEND PAS UNIQUEMENT DE LA MAIN QUI L'ÉCRIT
Doit-on juger un article en fonction de l'outil utilisé pour le produire ou selon la qualité du résultat final ? La question mérite d'être posée. Personne ne reproche aujourd'hui à un journaliste d'utiliser un ordinateur plutôt qu'une machine à écrire. Personne ne considère qu'un article perd de sa valeur parce que son auteur consulte des archives numériques, utilise un moteur de recherche ou corrige son texte grâce à un logiciel. L'intelligence artificielle représente une évolution supplémentaire. Elle permet de traiter rapidement une grande quantité d'informations, de comparer différents arguments, de proposer des plans, d'identifier des contradictions et d'explorer des angles parfois négligés. Un texte réalisé avec l'aide de l'I.A. ne possède donc aucune raison intrinsèque d'être considéré comme inférieur. Il peut être médiocre, comme peut l'être un article écrit exclusivement par un humain. Mais il peut également être excellent, approfondi, clair et particulièrement riche. La valeur d'un article réside dans ce qu'il apporte au lecteur.
L'I.A. PEUT POUSSER PLUS LOIN LA RÉFLEXION ET L'ANALYSE
L'un des principaux atouts de l'intelligence artificielle concerne sa capacité à élargir le champ de la réflexion. Face à un sujet politique, économique ou sociétal, elle peut proposer simultanément plusieurs approches et mettre en relation des éléments qui, au premier regard, semblent éloignés. Un événement politique peut ainsi être examiné sous l'angle institutionnel, économique, social, international ou environnemental. L'I.A. peut également suggérer des contradictions, poser de nouvelles questions et ouvrir des pistes que le rédacteur n'avait pas envisagées. Elle ne remplace pas la réflexion humaine ! Elle peut au contraire la stimuler. Un journaliste possède son expérience, sa culture, sa sensibilité et sa connaissance du terrain. Mais l'I.A. peut devenir une forme de partenaire intellectuel, capable de prolonger une interrogation et de soumettre au rédacteur de nouvelles hypothèses. Cette complémentarité peut permettre d'aller plus loin dans l'analyse, à condition de ne jamais confondre vitesse et vérité. Les informations doivent rester vérifiées, les sources contrôlées et les conclusions soumises au jugement humain.
SAVOIR UTILISER L'I.A. DEVIENT UNE NOUVELLE FORME DE PROFESSIONNALISME
C'est un point essentiel, souvent oublié dans le débat. Utiliser une intelligence artificielle ne consiste pas simplement à écrire quelques mots dans une fenêtre et à attendre qu'un article apparaisse. Comme tout outil professionnel, l'I.A. exige une maîtrise. Un mauvais utilisateur obtiendra souvent une réponse approximative, banale ou mal adaptée. À l'inverse, un journaliste qui connaît son sujet, définit précisément son angle, indique le ton souhaité, fixe la longueur du texte et précise les questions à explorer peut obtenir un résultat beaucoup plus pertinent. Or, la qualité de la réponse dépend largement de la qualité de la demande. C'est là qu'intervient l'art du prompt, c'est-à-dire la manière de formuler les instructions données à l'intelligence artificielle. Poser les bonnes questions, apporter le contexte nécessaire, demander des comparaisons, exiger des objections, solliciter plusieurs hypothèses et faire approfondir certains aspects relève d'une véritable compétence. Un professionnel ne se contente pas de demander : « Écris-moi un article sur ce sujet. » Il précise l'angle, le public visé, le niveau d'analyse, les points à développer, les contradictions à examiner, les questions auxquelles le texte doit répondre etc etc. Il peut également demander à l'I.A. de critiquer son propre raisonnement, de rechercher les arguments contraires ou de proposer une approche différente. L'utilisateur devient alors non plus un simple spectateur, mais le véritable directeur intellectuel du travail. Demain, savoir dialoguer efficacement avec une intelligence artificielle fera partie des nouvelles compétences professionnelles du journalisme.
L'HUMAIN AU CENTRE DU PROCESSUS
L'intelligence artificielle ne dispense pas de réfléchir. Bien au contraire ! Elle exige une vigilance permanente. Le journaliste doit contrôler les informations, vérifier les chiffres, détecter les erreurs éventuelles et décider de la pertinence d'un raisonnement. L'I.A. fournit des possibilités, mais l'utilisateur conserve la responsabilité du choix final. Cette relation peut être comparée à celle qui existe entre un photographe et son appareil. Un appareil sophistiqué ne transforme pas automatiquement son propriétaire en grand photographe. Il faut connaître son matériel, choisir son cadrage et posséder un regard. De la même manière, disposer d'une intelligence artificielle ne suffit pas pour produire un excellent article. Encore faut-il posséder des idées, une culture, une capacité d'analyse et surtout savoir orienter l'outil. L'intelligence artificielle ne supprime donc pas nécessairement le professionnalisme. Elle peut, au contraire, le rendre encore plus nécessaire.
COMME INTERNET, L'I.A. FINIRA PAR DEVENIR UN OUTIL NATUREL
Il est probable que, dans quelques années, la question de savoir si un texte a été réalisé avec l'aide d'une intelligence artificielle paraîtra moins importante qu'aujourd'hui. Personne ne demande désormais si un journaliste a utilisé Internet pour préparer son article. L'outil s'est imposé parce qu'il apporte une utilité concrète. Il en sera de même pour l'intelligence artificielle. L'avenir du journalisme ne se résume pas à un affrontement entre l'espèce humaine et la machine. Il pourrait davantage reposer sur une nouvelle alliance : l'intelligence, l'expérience et la sensibilité humaines, renforcées par la puissance d'analyse et d'exploration de l'intelligence artificielle. La véritable différence ne se situera donc pas entre ceux qui utilisent l'I.A. et ceux qui la refusent. Elle se situera entre ceux qui savent s'en servir avec intelligence et professionnalisme, et ceux qui l'utilisent sans méthode ni exigence. Bien entendu, comme l'imprimerie, la radio, la télévision, l'ordinateur et Internet avant elle, l'intelligence artificielle surprend aujourd'hui parce qu'elle marque une rupture. Mais l'Histoire montre que les technologies capables d'améliorer le travail humain finissent généralement par s'intégrer dans la société. À une condition cependant : ne jamais abandonner à la machine ce qui constitue la responsabilité fondamentale du journaliste , entendons le jugement, l'esprit critique, la vérification et la volonté d'apporter au lecteur une information digne de confiance. L'I.A. ne retire pas sa valeur au journalisme. Entre les mains d'un professionnel qui maîtrise son sujet et sait dialoguer avec elle, elle peut au contraire contribuer à lui donner une nouvelle profondeur.
UNE TRANSPARENCE ASSUMÉE PAR INFOPREMIERE ET SES DIFFERENTS TITRES...
Infopremiere utilise aujourd'hui l'intelligence artificielle pour accompagner une partie de son travail éditorial. Certains articles sont ainsi élaborés avec l'aide de l'I.A., sous ma direction, selon mes consignes et sous mon contrôle en tant que responsable de la publication. Les sujets, les angles, les questions posées, les orientations éditoriales et les analyses demeurent définis par moi-même ou par mes collaborateurs, comme auparavant. L'intelligence artificielle intervient donc comme un outil de travail, au même titre que d'autres technologies qui ont progressivement accompagné l'évolution du journalisme. Pour Infopremiere, comme pour un nombre croissant de médias, l'I.A. permet d'approfondir la réflexion, d'explorer de nouvelles pistes, de multiplier les angles d'analyse et de mieux structurer l'information. Cette utilisation s'inscrit dans une démarche pleinement assumée. Le recours aux nouvelles technologies ne remet nullement en cause nos valeurs professionnelles, notre indépendance éditoriale, ni notre responsabilité à l'égard de nos lecteurs. Il constitue, au contraire, un moyen d'enrichir nos capacités d'analyse et de contribuer à améliorer la qualité des contenus que nous proposons.
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