Copie de La Chine accélère sa montée en puissance face aux États-Unis

24/08/2026

Par : Gilbert Villeneuve

La Chine ne cherche plus seulement à devenir la première puissance économique mondiale. Sous l'impulsion de Xi Jinping, Pékin tente aussi de modifier les règles du jeu international, en renforçant son influence commerciale, technologique, diplomatique et militaire. L'objectif ne consiste pas nécessairement à remplacer les États-Unis à la tête d'un système identique, mais à construire un monde dans lequel la puissance américaine ne constitue plus le centre incontesté. Cette transformation se déroule progressivement. Les infrastructures de la « Belt and Road Initiative », l'essor des véhicules électriques et des batteries, la domination de certains secteurs industriels, les investissements dans l'intelligence artificielle, le rapprochement avec les pays du Sud et le développement des relations avec la Russie, l'Iran ou les puissances émergentes participent à une même dynamique. Mais la Chine possède aussi des fragilités : ralentissement économique, crise immobilière, faiblesse de la consommation intérieure et vieillissement démographique. La question n'est donc plus de savoir si la Chine veut peser davantage. Elle le fait déjà. Le véritable enjeu consiste à déterminer jusqu'où Pékin peut transformer cette puissance en nouvel ordre international.

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Pékin ne veut plus seulement participer au système mondial

Pendant longtemps, la Chine a profité de l'ordre international construit après 1945. Elle a intégré les institutions multilatérales, rejoint l'Organisation mondiale du commerce en 2001 et utilisé l'ouverture commerciale pour devenir l'un des principaux centres industriels de la planète. Aujourd'hui, la stratégie change. Un document publié par Pékin en juin 2026 sur la gouvernance mondiale présente explicitement l'ambition chinoise de contribuer à une évolution des règles internationales concernant la souveraineté, le développement, la sécurité et la répartition de l'autorité mondiale. L'analyse de Chatham House estime que cette stratégie relève moins d'un projet de domination financière immédiate que d'une volonté de modifier les principes selon lesquels le monde organise son pouvoir. C'est une différence essentielle. Pékin ne cherche pas nécessairement à construire une copie chinoise de l'ordre américain. Il cherche plutôt à rendre le système international plus multipolaire et à placer la Chine au centre de ce nouvel équilibre.

La puissance chinoise repose d'abord sur l'industrie

La première arme de Pékin reste l'économie réelle. La Chine possède une capacité industrielle exceptionnelle dans les véhicules électriques, les batteries, les panneaux solaires, les équipements électroniques, les machines-outils et de nombreux composants nécessaires aux technologies modernes. Cette puissance donne à Pékin un avantage géopolitique considérable : lorsqu'un pays contrôle une partie importante d'une chaîne de production mondiale, il dispose d'une influence qui dépasse largement ses frontières. Le phénomène devient particulièrement visible en 2026. La croissance chinoise montre pourtant des signes de ralentissement. En juillet, la production industrielle progressait encore de 4,5 % sur un an, mais les ventes au détail n'augmentaient que de 0,6 %. L'investissement en actifs fixes reculait également sur les sept premiers mois de l'année. Cette faiblesse intérieure pousse paradoxalement la Chine à renforcer encore ses exportations. En juillet, les exportations chinoises ont progressé de 24 % sur un an et l'excédent commercial aurait atteint environ 113 milliards de dollars selon Reuters. La Chine doit donc résoudre une équation délicate : produire toujours davantage tout en trouvant suffisamment de marchés capables d'absorber cette production.

Les nouvelles routes de la puissance chinoise

L'un des instruments majeurs de l'influence chinoise reste la Belt and Road Initiative, lancée par Xi Jinping en 2013. Ports, chemins de fer, centrales électriques, infrastructures numériques, routes et réseaux logistiques ont permis à Pékin de développer des relations économiques avec une grande partie du monde. Le dispositif évolue toutefois. Les projets sont désormais davantage ciblés, tandis que les entreprises chinoises privilégient aussi les investissements directs et les partenariats industriels. Selon une analyse de Reuters, les projets liés aux « nouvelles routes de la soie » ont atteint un montant record de 213 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 75 % en un an. L'influence chinoise ne passe donc plus uniquement par la construction d'infrastructures. Elle passe également par les normes techniques, les technologies numériques, les chaînes logistiques, les investissements industriels et la formation. En juin 2026, Pékin indiquait avoir signé des documents de coopération liés à la Belt and Road avec plus de 150 pays et 30 organisations internationales. La Chine construit ainsi progressivement un réseau mondial de dépendances économiques, mais aussi de relations politiques.

Le Sud global devient le grand terrain de bataille

La rivalité entre la Chine et les États-Unis ne se limite pas à Washington et Pékin. Elle se joue aussi en Indonésie, en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Asie centrale. Ces pays cherchent généralement à éviter de choisir définitivement entre les deux superpuissances. L'Indonésie constitue un exemple particulièrement révélateur. En août 2026, Jakarta et Pékin ont décidé de renforcer leur coopération militaire, énergétique, minière et technologique. Les deux pays envisagent notamment une coopération autour de l'intelligence artificielle et une usine commune de munitions. L'Indonésie continue parallèlement à entretenir des relations avec les États-Unis et d'autres puissances asiatiques. C'est précisément cette capacité chinoise à travailler avec des États qui refusent de s'aligner complètement sur Washington qui pourrait devenir l'un des éléments les plus importants du nouvel ordre mondial. La Chine n'a pas besoin que tous ces pays deviennent ses alliés. Il lui suffit parfois qu'ils refusent de devenir ceux des États-Unis.

Technologie, IA et puissance militaire

Le deuxième grand front concerne la technologie. L'intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les satellites, la robotique, les réseaux numériques et les technologies quantiques deviennent progressivement des secteurs stratégiques. Les États-Unis disposent encore d'avantages considérables dans plusieurs domaines, notamment grâce à leurs entreprises technologiques, leurs capacités financières et leur écosystème de recherche. Mais la Chine progresse rapidement. Des recherches récentes constatent que les deux principaux pôles de développement des modèles d'intelligence artificielle les plus avancés se trouvent désormais aux États-Unis et en Chine. Cette compétition technologique possède une dimension militaire. L'intelligence artificielle peut améliorer le renseignement, les drones, la guerre électronique, la cybersécurité et les systèmes de commandement. Taïwan constitue ici le point de tension le plus dangereux. En août 2026, Taipei a proposé un budget militaire record pour 2027, supérieur à 1 000 milliards de dollars taïwanais, soit plus de 3 % du PIB. Cette décision répond à la pression militaire croissante exercée par Pékin. Une crise autour de Taïwan pourrait bouleverser l'économie mondiale bien au-delà de l'Asie.

La Chine possède aussi des faiblesses

L'image d'une Chine irrésistible doit pourtant être nuancée. Le pays connaît plusieurs difficultés structurelles. Le secteur immobilier reste fragilisé. La consommation intérieure demeure insuffisante. Les collectivités locales portent des dettes importantes. La démographie constitue un problème de long terme. Le ralentissement observé en 2026 montre que le modèle fondé sur l'investissement, les exportations et la puissance industrielle rencontre ses limites. Cette situation pourrait obliger Pékin à choisir entre deux orientations. La première consisterait à soutenir davantage la consommation intérieure et les ménages. La seconde consisterait à maintenir la puissance industrielle et à chercher toujours plus de débouchés extérieurs. La seconde option pourrait cependant provoquer davantage de tensions commerciales avec les États-Unis et l'Europe. La puissance chinoise pourrait donc devenir simultanément plus grande et plus contestée.

Trois scénarios pour le nouvel ordre mondial

Scénario optimiste : une multipolarité maîtrisée La Chine, les États-Unis et l'Europe évitent une rupture complète. La concurrence reste forte, mais les échanges continuent. Pékin devient une puissance majeure sans chercher à imposer son modèle politique partout. L'Europe conserve alors une marge de manœuvre entre Washington et Pékin. Scénario intermédiaire : deux blocs, mais de nombreux pays entre les deux Ce scénario apparaît particulièrement crédible. Les États-Unis et la Chine continuent leur rivalité technologique et commerciale, tandis que l'Inde, l'Indonésie, les pays du Golfe, une partie de l'Afrique et de l'Amérique latine refusent de choisir complètement. Le monde devient multipolaire, mais plus instable. Pour la France et l'Europe, la difficulté consiste alors à conserver des relations commerciales avec la Chine tout en évitant les dépendances stratégiques. Scénario défavorable : la crise de Taïwan Une confrontation militaire autour de Taïwan constituerait le choc le plus dangereux. Elle pourrait provoquer une rupture commerciale massive, perturber les chaînes de production électroniques, provoquer une crise financière mondiale et entraîner directement les États-Unis dans une confrontation avec Pékin. Ce scénario reste hypothétique. Mais le simple fait que Taïwan augmente fortement son budget militaire montre que les acteurs concernés se préparent à cette éventualité.

Analyse Infopremiere : la Chine veut-elle remplacer les États-Unis ?

La question mérite d'être posée différemment. La Chine ne semble pas nécessairement chercher à devenir une nouvelle Amérique. Elle cherche plutôt à construire un monde dans lequel aucune puissance ne pourrait imposer seule ses règles. Cette nuance explique une grande partie de la stratégie chinoise. Pékin développe simultanément son industrie, ses technologies, ses relations avec le Sud global, ses infrastructures internationales et ses capacités militaires. Il ne s'agit pas de cinq politiques séparées. Elles se renforcent mutuellement. Une entreprise chinoise qui construit une infrastructure crée une relation commerciale. Cette relation peut faciliter l'accès aux matières premières. Les infrastructures peuvent ouvrir de nouvelles routes commerciales. Les normes chinoises peuvent ensuite accompagner les technologies. Les échanges économiques créent enfin des intérêts communs qui peuvent influencer les positions diplomatiques. C'est cette accumulation progressive qui constitue la véritable puissance chinoise. Pour l'Europe, le défi apparaît considérable. La Chine représente à la fois un marché essentiel, un concurrent industriel, une puissance technologique et un acteur géopolitique dont les intérêts peuvent diverger fortement de ceux de l'Union européenne. La réponse européenne ne peut donc probablement pas consister dans une rupture totale. Elle doit plutôt chercher un équilibre : commercer lorsque les intérêts convergent, protéger les secteurs stratégiques lorsque les dépendances deviennent dangereuses et maintenir une capacité technologique propre. La Chine possède enfin une faiblesse que ses adversaires ne doivent pas négliger : son modèle économique doit encore démontrer qu'il peut produire durablement de la croissance avec une population vieillissante et une consommation intérieure insuffisante. Le véritable affrontement des prochaines années pourrait donc moins porter sur la question de savoir qui dominera le monde que sur celle de savoir qui résistera le mieux aux contraintes de ce nouveau monde multipolaire.

En clair, le monde de demain ne sera probablement ni américain ni chinois La Chine possède désormais suffisamment de puissance économique, industrielle, technologique et militaire pour modifier durablement l'équilibre international. Mais elle ne dispose pas encore de tous les attributs nécessaires pour remplacer les États-Unis comme puissance dominante. Le scénario le plus vraisemblable pourrait donc être différent : un monde fragmenté, dans lequel Washington et Pékin restent les deux principales puissances, tandis que l'Inde, l'Europe, la Russie, les puissances du Golfe et plusieurs grands États du Sud global cherchent à préserver leur autonomie. Pour la France, cette évolution impose une stratégie particulièrement délicate. Paris devra continuer à dialoguer avec Pékin, préserver les échanges économiques, défendre ses intérêts industriels et éviter les dépendances critiques, tout en maintenant une relation solide avec Washington et en renforçant la capacité stratégique européenne. La question chinoise ne sera donc pas seulement une question de commerce. Elle touchera à l'industrie, à l'énergie, aux technologies, à la défense, aux matières premières et finalement à la capacité de la France et de l'Europe à décider librement de leur avenir. La Chine ne prend peut-être pas encore le contrôle du monde. Mais elle contribue déjà à construire le monde dans lequel la domination d'une seule puissance ne pourra plus aller de soi.

À quelques mois des élections présidentielle et législatives de 2027, le paysage politique français entre progressivement dans une nouvelle phase. Les municipales de 2026 ont constitué un premier test avant le grand rendez-vous national. À droite, au centre comme à gauche, les candidatures se multiplient, tandis que le Rassemblement national et La France insoumise occupent une place centrale dans les scénarios envisagés pour le premier tour.
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