Présidentiable !

01/09/2026

Par : Jean-Michel Martinez

À Cannes, David Lisnard veut passer du statut de maire populaire à celui de candidat incontournable. Il y a les rentrées politiques qui ressemblent à des rendez-vous de calendrier, et celles qui cherchent à changer le rapport de force. À Cannes, David Lisnard a choisi la seconde option. En réunissant ses troupes dans sa ville, le maire de la cité des festivals a voulu montrer qu'il ne comptait plus regarder la présidentielle de 2027 depuis les coulisses. Mobilisation, discours offensif, appel à une primaire de la droite et du centre : tout, dans cette séquence, semble désormais organisé autour d'une ambition. Faire de David Lisnard un présidentiable à part entière.

CANNES COMME PREMIÈRE SCÈNE PRÉSIDENTIELLE

David Lisnard connaît parfaitement la puissance des symboles. Organiser un grand rendez-vous politique à Cannes ne relève pas seulement de la commodité géographique pour un maire qui joue à domicile. Cannes représente son territoire, son bilan, son image et, surtout, le laboratoire politique à partir duquel il entend désormais parler à la France. Le choix possède quelque chose d'assez habile. Pendant que Paris concentre les appareils, les états-majors et les petites phrases, Lisnard revient sur son terrain pour présenter une autre image de la politique : celle d'un élu local qui revendique des résultats et prétend appliquer à l'État les recettes qu'il utilise dans sa commune. La démonstration repose sur une idée simple : avant de demander aux Français de lui confier le pays, il veut leur montrer ce qu'il a fait de sa ville. Cannes devient ainsi plus qu'un décor. Elle constitue la première pièce du récit présidentiel.

LE MAIRE VEUT CHANGER DE STATUT

Pendant longtemps, David Lisnard pouvait passer pour l'un de ces élus locaux brillants dont la notoriété semblait difficile à transformer en ambition nationale. La situation change progressivement. Président de l'Association des maires de France, maire réélu de Cannes et fondateur de Nouvelle Énergie, il dispose désormais d'un réseau politique qui dépasse largement les limites de sa commune. Son discours, lui aussi, s'est nationalisé. Dépenses publiques, bureaucratie, sécurité, immigration, retraites, fiscalité, souveraineté économique, industrie : Lisnard ne se contente plus de commenter la gestion municipale. Il entend désormais proposer une transformation globale du pays. Et son message tient en quelques mots : moins de contraintes, moins de bureaucratie, davantage de responsabilité et davantage de liberté. Une musique qui peut séduire une partie de l'électorat de droite, mais qui doit encore convaincre bien au-delà de ce premier cercle.

LE COUP DE LA PRIMAIRE

C'est ici que se trouve probablement la partie la plus stratégique de sa démarche. David Lisnard sait qu'une présidentielle ne ressemble pas à une élection municipale. À Cannes, il bénéficie d'une implantation exceptionnelle. À l'échelle nationale, la concurrence change totalement de dimension. Édouard Philippe dispose d'une forte notoriété. Bruno Retailleau a construit une stature nationale autour des questions régaliennes. Gabriel Attal conserve une visibilité importante. D'autres personnalités peuvent encore surgir avant 2027. Face à cette multiplication des candidatures, Lisnard pousse donc une idée : organiser une grande primaire ouverte de la droite et du centre afin de désigner un candidat unique. En apparence, la proposition peut sembler collective. En réalité, elle constitue également une arme politique. Car une primaire change les règles du jeu. Elle permet à un candidat moins bien placé dans les sondages d'entrer dans une compétition nouvelle, où l'organisation, la mobilisation militante, le débat d'idées et la capacité à convaincre peuvent compter davantage que la notoriété initiale. Pour Lisnard, le calcul paraît évident : mieux vaut participer à une compétition dont les règles restent à définir que subir une course présidentielle déjà verrouillée par les favoris.

LISNARD CONTRE LE « SYSTÈME » ?

Le maire de Cannes cultive depuis longtemps une relation particulière avec les partis politiques traditionnels. Son mouvement Nouvelle Énergie cherche précisément à construire une structure indépendante des grandes formations classiques. Le positionnement lui permet de présenter sa candidature comme celle d'un homme politique qui ne souhaite pas simplement reprendre les vieilles recettes partisanes. Le paradoxe n'échappe pourtant à personne : pour gagner l'Élysée, il faudra précisément construire une formidable machine politique. Voilà tout le défi. Il faudra des élus, des militants, des financements, des soutiens, des équipes locales, des relais médiatiques et surtout une capacité à transformer une personnalité politique en mouvement national. Cannes peut fournir l'image. Mais la France réclame une implantation.

LE RISQUE DU PLAFOND DE VERRE

Le succès du rassemblement cannois constitue incontestablement un signal encourageant pour le candidat. Une salle remplie, des militants mobilisés et une organisation capable de donner à l'événement une dimension nationale créent une dynamique médiatique. Mais la politique française possède une mémoire redoutable : beaucoup de candidatures ont commencé dans l'enthousiasme avant de disparaître quelques mois plus tard. Le véritable test commencera donc après Cannes. David Lisnard devra répondre à une question simple : combien de Français, en dehors de son électorat naturel, peuvent réellement se reconnaître dans son projet ? Son discours économique peut séduire les classes moyennes et les entrepreneurs. Son discours sur la sécurité peut attirer une partie de l'électorat conservateur. Son opposition à la bureaucratie peut toucher les indépendants et les élus locaux.

Mais une présidentielle exige davantage qu'une addition de mécontentements. Elle exige une vision.

LE MATCH DE 2027 EST LANCÉ

C'est précisément pour cette raison que la séquence cannoise mérite attention. David Lisnard ne dispose peut-être pas encore du poids électoral des principales figures de la droite. Mais il possède quelque chose de précieux en politique : une identité. Il n'est ni complètement assimilé à la droite traditionnelle, ni véritablement extérieur à celle-ci. Il revendique une ligne libérale, décentralisatrice, sécuritaire et profondément critique envers la bureaucratie. Cette singularité peut devenir une force. À condition de réussir à la transformer en rassemblement. Car la présidentielle de 2027 pourrait réserver quelques surprises. Les favoris d'aujourd'hui ne seront pas nécessairement ceux de demain. Une crise politique, une alliance, une primaire ou simplement une campagne réussie peuvent bouleverser les équilibres. Et David Lisnard semble précisément miser sur cette possibilité.

CANNES N'ÉTAIT PAS UNE ARRIVÉE, MAIS UN DÉPART

À Cannes, le maire a donc voulu envoyer un message qui dépasse largement les frontières de sa commune. Il ne demande plus seulement qu'on écoute ses idées. Il veut désormais qu'on envisage son nom. La nuance paraît minime. Elle change pourtant tout. Un élu local peut commenter la présidentielle. Un présidentiable doit convaincre qu'il pourrait devenir président. C'est cette métamorphose que David Lisnard cherche aujourd'hui à accomplir. Cannes lui offre le décor, Nouvelle Énergie lui fournit la structure et 2027 lui donne l'horizon. Reste maintenant le plus difficile : transformer une réussite politique locale en désir national. Car pour accéder à l'Élysée, il ne suffit pas de remplir une colline à Cannes. Il faut réussir à faire lever la France.

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