Présidentielle : qui défend vraiment la cause animale

16/09/2026

Par : Joël Pierre Chevreux

À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, la cause animale commence à s'inviter dans le débat politique, même si elle reste encore largement reléguée derrière le pouvoir d'achat, l'immigration, la sécurité ou la dette publique. Pourtant, la condition animale concerne l'élevage, la chasse, la corrida, l'expérimentation, les animaux de compagnie et la protection de la biodiversité. Entre les déclarations d'intention et les engagements réellement défendus, tous les candidats potentiels ne se situent pas au même niveau.

DES CANDIDATS ENCORE FLOUS, DES ENGAGEMENTS TRÈS INÉGAUX

Il faut toutefois éviter un piège. À ce stade de la campagne présidentielle de 2027, tous les prétendants n'ont pas présenté un programme complet consacré à la condition animale. La liste des candidats demeure d'ailleurs mouvante : Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier, François Ruffin, Raphaël Glucksmann, Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Marine Le Pen ou Jordan Bardella figurent parmi les principales personnalités citées dans la course, mais les candidatures et les programmes peuvent encore évoluer. Les notes qui suivent ne constituent donc ni un classement scientifique ni un sondage. Elles représentent une appréciation éditoriale sur dix, fondée sur les engagements publics connus, les programmes, les prises de position et la cohérence générale des responsables politiques sur plusieurs dossiers : élevage intensif, chasse, corrida, expérimentation animale, animaux de compagnie, animaux sauvages et reconnaissance de la sensibilité animale.

JEAN-LUC MÉLENCHON : 9/10, LE PLUS AMBITIEUX SUR LE PAPIER

Jean-Luc Mélenchon apparaît comme l'un des responsables politiques ayant présenté le programme le plus détaillé sur la condition animale. Son projet propose notamment de faire évoluer le statut et la protection des animaux, de créer un Haut-Commissariat dédié à la condition animale, de sortir de l'élevage intensif, de mieux encadrer le transport et l'abattage, de réduire la consommation de protéines animales, de réglementer fortement la chasse et de mettre fin à la corrida, aux combats de coqs et à plusieurs formes d'exploitation animale. Il défend également le développement des méthodes scientifiques alternatives à l'expérimentation animale. L'ancien candidat de la France insoumise dispose également d'un historique important de prises de position recensées par l'observatoire Politique & Animaux. Sa faiblesse réside dans l'écart qui peut exister entre la richesse du programme et la réalité politique. Certaines positions de son mouvement ont également évolué, voire reculé, sur certains sujets. Cela justifie une note de 9 sur 10, mais pas le maximum.

MARINE TONDELIER : 8/10, UNE SENSIBILITÉ ÉCOLOGISTE QUI DOIT ENCORE DEVENIR UN PROGRAMME PRÉSIDENTIEL

Marine Tondelier bénéficie naturellement d'une tradition écologiste généralement plus attentive à la question du vivant, de la biodiversité et des conséquences de l'élevage industriel. Cette proximité avec les préoccupations animales ne suffit cependant pas à établir automatiquement un programme présidentiel complet. Défendre l'environnement ne signifie pas toujours défendre directement les animaux. Une forêt peut être protégée tout en laissant de côté la question de la chasse. Une politique agricole peut être écologique sans s'attaquer frontalement aux conditions d'élevage. La cause animale exige donc davantage qu'un discours général sur le vivant.À ce stade, Marine Tondelier peut être placée parmi les personnalités les plus susceptibles de porter une politique ambitieuse, mais elle devra préciser ses engagements sur les sujets les plus conflictuels : corrida, chasse, élevage intensif et expérimentation animale. Note : 8/10.

RAPHAËL GLUCKSMANN : 7/10, UNE SENSIBILITÉ RÉELLE MAIS UNE CAUSE ENCORE SECONDAIRE

Raphaël Glucksmann représente une gauche sociale et européenne qui peut se montrer favorable à l'amélioration de la condition animale. Mais la protection des animaux n'apparaît pas encore comme l'un des piliers les plus visibles de son identité politique. Le problème ne consiste pas seulement à défendre quelques mesures lorsque le sujet revient dans l'actualité. La véritable question consiste à savoir si le futur président placerait la condition animale parmi les priorités de son quinquennat.Sur ce point, le doute demeure. L'engagement existe, mais il apparaît moins structuré et moins central que chez Jean-Luc Mélenchon ou chez certains responsables écologistes. Note : 7/10.

FRANÇOIS RUFFIN : 6/10, L'ANIMAL FACE À LA QUESTION SOCIALE

François Ruffin défend avant tout une politique centrée sur les classes populaires, le travail, l'industrie et les territoires. Cette orientation peut parfois entrer en tension avec certaines revendications animalistes, notamment lorsqu'elles concernent l'élevage ou les habitudes alimentaires. Le défenseur de la cause animale ne peut cependant pas ignorer une réalité : toute transition doit également prendre en compte ceux qui vivent de l'élevage, de la pêche ou des activités rurales. C'est ici que Ruffin pourrait trouver une ligne originale. Protéger les animaux sans abandonner les agriculteurs. Améliorer les conditions d'élevage sans condamner les éleveurs.Cette vision reste toutefois moins ambitieuse et moins clairement structurée que celle des candidats les plus engagés. Note : 6/10.

NICOLAS DUPONT-AIGNAN : 7/10 LA CAUSE ANIMALE DANS UNE VISION SOUVERAINISTE

Parmi les personnalités susceptibles de se positionner pour 2027, Nicolas Dupont-Aignan accorde depuis plusieurs années une place identifiable à la protection animale. Le président de Debout la France défend notamment une évolution des pratiques d'élevage et une meilleure protection des animaux. Sur la chasse, la corrida ou encore les conditions d'abattage, ses positions s'inscrivent davantage dans une approche de protection et de responsabilité que dans une logique militante radicale. Sa vision relie également la condition animale à la défense des territoires, de l'agriculture française et de la biodiversité. Pour Dupont-Aignan, la protection des animaux ne peut cependant se concevoir indépendamment des réalités économiques et rurales. Cette approche le distingue des mouvements animalistes qui réclament des interdictions plus générales. À l'approche de 2027, il pourrait ainsi chercher à transformer cette sensibilité en propositions politiques concrètes. Reste à savoir quelle place réelle la cause animale occuperait dans son programme présidentiel. Entre convictions personnelles, défense du monde rural et attentes croissantes de l'opinion, le sujet pourrait constituer un marqueur supplémentaire de sa candidature. Note 7/10

DAVID LISNARD FACE À LA CAUSE ANIMALE : 6/10 QUELLE NOTE POUR LA PRÉSIDENTIELLE ?

À Cannes, David Lisnard revendique depuis plusieurs années une politique en faveur de la cause animale. Une délégation municipale spécifique existe depuis 2017, avec des actions contre l'abandon et la maltraitance, la prise en compte des signalements, ainsi que la création d'espaces dédiés aux chiens. Son bilan municipal montre donc un intérêt concret pour la condition animale, au moins dans le cadre des compétences d'une grande ville. MAIS QUEL PROGRAMME POUR LA FRANCE ? C'est ici que l'interrogation commence. À ce stade, les positions publiques de David Lisnard sur les grands sujets nationaux de la condition animale restent limitées ou insuffisamment précisées. Chasse, élevage intensif, transport des animaux, abattage, expérimentation animale, animaux sauvages ou corrida : autant de dossiers sur lesquels un candidat à l'Élysée devra clairement se positionner. David Lisnard semble aujourd'hui davantage identifié par son action municipale que par un projet présidentiel global consacré aux animaux. Or, la présidentielle impose un changement d'échelle. La protection animale ne peut plus se limiter aux chiens, aux chats et à la lutte contre la maltraitance car elle concerne aussi les milliards d'animaux d'élevage, la faune sauvage, les pratiques de chasse et les méthodes d'expérimentation. Note : 6 /10

GABRIEL ATTAL : 5/10, DES AVANCÉES MAIS PAS DE RUPTURE

Gabriel Attal incarne une génération politique plus sensible que ses prédécesseurs à certaines évolutions de la société. Mais sur la cause animale, aucune rupture majeure ne permet actuellement de le placer parmi les candidats les plus engagés. Le bilan de la majorité présidentielle comporte plusieurs mesures concernant la maltraitance animale, mais aussi de nombreuses limites. La politique menée sous Emmanuel Macron n'a jamais constitué une révolution pour les animaux. Les défenseurs de la cause animale reprochent notamment au pouvoir d'avoir souvent privilégié les compromis avec les filières économiques et les traditions. Gabriel Attal devra donc démontrer qu'il entend aller plus loin que le simple prolongement du macronisme. Note : 5/10.

ÉDOUARD PHILIPPE : 4/10, LA CAUSE ANIMALE N'EST PAS AU CENTRE DU PROJET

Édouard Philippe apparaît comme l'un des principaux candidats du centre et de la droite modérée. Pourtant, la condition animale ne constitue pas, jusqu'à présent, un axe majeur de son discours présidentiel. Son approche privilégie traditionnellement l'autorité de l'État, l'économie, la compétitivité et les grandes questions institutionnelles. Cela ne signifie pas qu'il serait hostile à toute amélioration de la protection animale. Mais l'absence d'un engagement fort constitue déjà un choix politique. Lorsqu'un sujet ne figure jamais parmi les priorités, il risque fort de disparaître une fois les élections terminées. Note : 4/10.

MARINE LE PEN : 4/10, PROTÉGER CERTAINS ANIMAUX, MÉNAGER D'AUTRES INTÉRÊTS

Le Rassemblement national adopte une position complexe sur la question animale. Le mouvement peut soutenir certaines mesures de protection des animaux et s'appuyer sur une forte sensibilité de l'opinion publique aux abandons et à la maltraitance. Mais son attachement aux traditions rurales, à la chasse et à certaines activités utilisant les animaux limite considérablement la portée d'un programme globalement animaliste. L'historique des prises de position montre d'ailleurs que le RN et LFI ont parfois abandonné ou modifié des engagements antérieurs sur des sujets sensibles comme l'abattage sans étourdissement. La protection animale semble donc souvent passer après la défense des traditions, des activités économiques ou d'une certaine conception de la ruralité.Marine Le Pen et Jordan Bardella obtiennent donc une note moyenne. Note : 4/10.

BRUNO RETAILLEAU : 2/10, UNE VISION TRÈS ÉLOIGNÉE DE L'ANIMALISME

Bruno Retailleau incarne une droite conservatrice attachée aux traditions et à la ruralité. Cette orientation le place naturellement à distance des revendications animalistes les plus fortes. La chasse, l'élevage, certaines traditions et une vision patrimoniale du monde rural occupent une place importante dans cette famille politique. Il serait donc difficile d'imaginer une présidence Retailleau engagée dans l'interdiction de la corrida, une réforme radicale de la chasse ou une sortie rapide de l'élevage intensif. Cela ne signifie pas que toute protection animale disparaîtrait. Mais il ne faut pas confondre protection contre la maltraitance et véritable politique de transformation de notre rapport aux animaux. Note : 2/10.

ÉRIC ZEMMOUR : 1/10, L'ANIMAL N'EST PAS UNE PRIORITÉ POLITIQUE

Chez Éric Zemmour, la cause animale occupe une place marginale. Son discours se concentre essentiellement sur l'identité, l'immigration, la sécurité et la souveraineté. Il existe également une proximité idéologique avec la défense de certaines traditions que les associations de protection animale combattent, notamment lorsqu'elles impliquent la chasse ou des spectacles utilisant des animaux. L'animal n'apparaît pas comme un sujet politique majeur de son projet. Note : 1/10.

LE CLASSEMENT RESTE OUVERT

À ce stade, le classement éditorial peut donc se résumer ainsi :

  • Jean-Luc Mélenchon 9/10
  • Marine Tondelier 8/10
  • Raphaël Glucksmann 7/10
  • Dupont- Aignan : 7/10
  • David Lisnard : 6/10
  • François Ruffin 6/10
  • Gabriel Attal 5/10
  • Édouard Philippe 4/10
  • Marine Le Pen 4/10
  • Bruno Retailleau 2/10
  • Éric Zemmour 1/10

LA GRANDE ABSENTE DE LA PRÉSIDENTIELLE

Le constat reste sévère. Malgré l'importance grandissante de la cause animale dans la société française, aucun grand candidat, à l'exception de quelques personnalités, ne semble encore faire de cette question un axe central de sa campagne présidentielle. Or, la question animale ne concerne pas seulement les chiens et les chats. Elle concerne les milliards d'animaux élevés, transportés et abattus, les animaux sauvages victimes de la destruction des habitats, les espèces utilisées dans les laboratoires, les animaux détenus pour le divertissement et ceux qui subissent quotidiennement la cruauté humaine. Les candidats de 2027 devront donc finir par répondre à une question simple : quelle place la France souhaite-t-elle accorder aux animaux au XXIe siècle ? Car il ne suffira plus de poser devant un chien pendant une campagne électorale pour prétendre défendre la cause animale. Les électeurs devront regarder les programmes, les votes, les engagements et, surtout, les mesures que chaque candidat acceptera réellement de mettre en œuvre. À moins d'un an de l'élection présidentielle, le match reste donc ouvert. Et les animaux, une fois encore, attendent de savoir si les promesses politiques finiront un jour par devenir des actes.

Ils ont survécu aux incendies, aux sécheresses, aux canicules et à la destruction progressive de leurs habitats. Pourtant, pour certains animaux sauvages, le répit aura été de courte durée. Le gouvernement vient de publier la nouvelle liste des « espèces susceptibles d'occasionner des dégâts », les fameuses ESOD.
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