Zelensky est-il encore crédible aux yeux de son peuple ?

31/08/2026

Par : Jean-Michel Martinez

Volodymyr Zelensky demeure le président de l'Ukraine, mais son pouvoir traverse désormais une zone de turbulences politiques qui ne peut plus être ignorée. Son mandat électoral de 2019 est arrivé à son terme en mai 2024, sans qu'une nouvelle présidentielle puisse se tenir depuis le début de la guerre. Le maintien du pouvoir présidentiel repose sur le cadre constitutionnel ukrainien et sur la loi martiale, mais cette situation nourrit désormais une contestation politique croissante. En août 2026, l'ancien ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov a publiquement réclamé des élections en pleine guerre, évoquant une crise de gouvernance. Zelensky a-t-il encore la confiance de son peuple, ou son pouvoir entre-t-il dans une phase où la question de sa succession devient inévitable ?

UNE LÉGITIMITÉ QUI NE DISPARAÎT PAS AUTOMATIQUEMENT

Une première distinction s'impose. Dire que le mandat électoral de Zelensky est arrivé à échéance ne signifie pas automatiquement que le président a perdu toute légitimité constitutionnelle. La Constitution ukrainienne prévoit que le président exerce ses fonctions jusqu'à l'entrée en fonction du président nouvellement élu. Elle prévoit également les conditions dans lesquelles ses pouvoirs peuvent prendre fin avant cette échéance, notamment la démission, l'incapacité, la destitution selon une procédure d'impeachment ou le décès. Le problème est donc plus complexe qu'une simple formule selon laquelle « Zelensky n'est plus président ». La question véritable concerne la légitimité démocratique et politique d'un chef de l'État qui continue d'exercer ses fonctions sans qu'une nouvelle élection présidentielle ait pu se tenir.

LA GUERRE A GELÉ LE CALENDRIER ÉLECTORAL

L'Ukraine se trouve toujours dans une situation exceptionnelle en raison de la guerre avec la Russie.

La loi martiale a profondément modifié le fonctionnement normal des institutions. La Constitution prévoit notamment la continuité des pouvoirs parlementaires lorsque leur mandat arrive à échéance pendant une période de guerre ou d'état d'urgence. Cette logique répond à une réalité évidente. Organiser une élection présidentielle dans un pays soumis à des bombardements, avec des millions de citoyens déplacés, des militaires mobilisés et certaines régions occupées par la Russie soulève des difficultés considérables. Comment organiser un scrutin réellement équitable dans ces conditions ? Comment garantir la participation des soldats présents sur le front ? Comment permettre aux réfugiés ukrainiens installés à l'étranger de voter ? Comment organiser une campagne électorale lorsque certaines villes peuvent être frappées à tout moment ? Ces questions expliquent pourquoi l'absence d'élection ne peut pas être interprétée simplement comme une volonté personnelle de Zelensky de conserver le pouvoir.

MAIS L'ARGUMENT DE LA GUERRE NE PEUT PAS TOUT JUSTIFIER

C'est précisément ici que commence le débat. La guerre permet de comprendre pourquoi les élections n'ont pas eu lieu. Elle ne peut cependant pas faire disparaître indéfiniment la question démocratique. Une démocratie fonctionne normalement grâce au renouvellement périodique du consentement populaire. Or, plus la guerre dure, plus l'exception risque de devenir une forme de normalité. Cette inquiétude commence désormais à apparaître ouvertement dans le paysage politique ukrainien. L'ancien ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov a récemment appelé à organiser des élections en temps de guerre, affirmant que l'Ukraine connaissait une crise de gouvernance et qu'un renouvellement démocratique devenait nécessaire. Son intervention constitue un signal politique important. Elle montre que la question n'est plus seulement posée par Moscou ou par les adversaires étrangers de Kiev. Elle commence également à être posée depuis l'intérieur du pouvoir ukrainien.

LE MYTHE DU PRÉSIDENT INCONTESTÉ COMMENCE À SE FISSURER

Depuis février 2022, Zelensky a bénéficié d'une stature internationale exceptionnelle. Son image de président en guerre, refusant de quitter Kiev et s'adressant quotidiennement aux gouvernements occidentaux, a contribué à faire de lui l'un des dirigeants les plus connus au monde. Cette image a également renforcé sa popularité à l'intérieur du pays. Mais quatre années supplémentaires de guerre changent nécessairement la perception d'une population. Les sacrifices deviennent plus lourds. Les familles vivent séparées. Les pertes humaines pèsent sur la société. L'économie subit les conséquences du conflit. La corruption continue de provoquer des controverses. Et les Ukrainiens commencent nécessairement à s'interroger sur l'avenir politique du pays.Un président peut conserver une légitimité juridique tout en voyant sa légitimité politique progressivement s'éroder.C'est précisément cette distinction qui pourrait devenir déterminante dans les prochains mois.

LA CORRUPTION EST DEVENUE UNE MENACE POLITIQUE

La question de la corruption constitue l'un des points faibles les plus sensibles du pouvoir Zelensky. L'Ukraine a engagé depuis plusieurs années des réformes destinées à renforcer la lutte contre la corruption, notamment sous la pression de ses partenaires européens. Mais plusieurs affaires récentes impliquant des responsables proches du pouvoir ont ravivé les critiques. En août 2026, une enquête pour blanchiment d'argent visant plusieurs responsables influents a notamment provoqué une nouvelle crise politique autour de la présidence. Zelensky a également limogé une collaboratrice de haut niveau dans ce contexte. Zelensky n'est pas lui-même présenté comme suspect dans cette affaire. Mais en politique, la perception compte presque autant que la responsabilité personnelle. Lorsque plusieurs scandales touchent des personnalités proches du pouvoir, le président finit nécessairement par devoir répondre à une question simple. A-t-il suffisamment contrôlé son entourage ?

LA FATIGUE DE GUERRE CHANGE AUSSI LA DONNE

Il existe une autre réalité que les dirigeants ukrainiens ne peuvent ignorer. La guerre dure. Une génération entière de soldats vit depuis plusieurs années dans un conflit extrêmement violent. Des millions d'Ukrainiens vivent à l'étranger ou ont été déplacés à l'intérieur du pays. Une partie de la population veut continuer la guerre jusqu'à la récupération des territoires occupés. Une autre souhaite désormais qu'une solution négociée soit sérieusement recherchée. Cette diversité des opinions est normale dans une démocratie. Mais elle rend plus difficile la représentation de l'ensemble du peuple par un président dont la principale légitimité repose désormais sur son rôle de chef de guerre. Zelensky a incarné la résistance. La question qui se pose désormais consiste à savoir s'il peut également incarner la reconstruction et la paix.

MOSCOU A-T-IL RAISON DE PARLER D'ILLÉGITIMITÉ ?

La Russie affirme régulièrement que Zelensky ne possède plus la légitimité nécessaire pour diriger l'Ukraine ou négocier au nom du pays. Le Kremlin exploite évidemment cette question à des fins politiques. Le 20 août 2026, il a notamment repris les arguments liés à l'absence d'élections et aux appels internes en faveur d'un scrutin. Mais il serait dangereux de confondre l'existence d'une véritable interrogation démocratique en Ukraine avec la propagande russe. Le fait que Moscou utilise un argument ne signifie pas automatiquement que la question elle-même est illégitime. Une démocratie doit pouvoir examiner ses propres faiblesses sans considérer toute critique comme une opération ennemie.

EST-CE LA FIN DU RÉGIME ZELENSKY ?

Pour l'instant, rien ne permet d'affirmer que la fin du pouvoir de Zelensky est imminente. Il demeure le chef de l'État, dispose d'une administration présidentielle puissante et conserve une influence considérable sur la politique ukrainienne. La guerre lui donne également une justification majeure pour maintenir le fonctionnement institutionnel actuel. Mais quelque chose a changé. Le débat sur l'après-Zelensky commence désormais à apparaître plus ouvertement. L'appel de Fedorov en faveur d'élections constitue un avertissement politique sérieux, d'autant qu'il intervient après son départ du gouvernement et dans un contexte de tensions sur la gouvernance et la corruption. La question n'est donc peut-être plus de savoir si Zelensky terminera son pouvoir demain. La question devient de savoir comment il pourra organiser sa succession lorsque les conditions permettront enfin aux Ukrainiens de voter.

LE JOUR DU SCRUTIN SERA LE VRAI TEST

Le véritable test de la légitimité de Zelensky ne viendra finalement ni du Kremlin, ni de Washington, ni de Bruxelles. Il viendra des urnes ukrainiennes. Lorsque les conditions militaires permettront une élection libre et sûre, les Ukrainiens pourront décider s'ils souhaitent reconduire leur président ou tourner la page. S'il accepte cette confrontation électorale, Zelensky pourra démontrer que son pouvoir ne repose pas uniquement sur les circonstances exceptionnelles de la guerre. S'il est battu, il devra accepter l'alternance. S'il gagne, il disposera d'une nouvelle légitimité démocratique incontestable. C'est précisément ce qui manque aujourd'hui à son pouvoir, non pas nécessairement la légalité de son maintien en fonction, mais le renouvellement récent et explicite du consentement populaire.

LE PLUS GRAND DANGER SERAIT DE CONFONDRE LA RÉSISTANCE ET LE POUVOIR

Zelensky restera probablement dans l'Histoire comme le président qui aura incarné la résistance ukrainienne face à l'invasion russe. Mais l'Histoire jugera également la manière dont il aura géré le pouvoir pendant cette période exceptionnelle. Un chef de guerre peut devenir indispensable pendant un conflit sans devenir indispensable pour toujours. Une démocratie ne peut pas fonctionner durablement autour d'un homme, aussi populaire ou courageux soit-il. L'Ukraine devra tôt ou tard retrouver une vie politique normale, avec des élections, une opposition, une alternance possible et un débat public pleinement ouvert. Le moment venu, Zelensky devra accepter cette règle fondamentale. Et c'est peut-être là que se jouera véritablement son héritage. Il ne s'agit donc pas encore de dire que le régime Zelensky touche à sa fin. Mais les premières fissures apparaissent, et elles sont désormais suffisamment visibles pour qu'une question longtemps repoussée revienne au centre du débat ukrainien. Après la guerre, les Ukrainiens voudront-ils encore de Zelensky ?

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